Dur de renouveler le genre du thriller. Chacun y va de sa petite idée pour dépoussiérer le genre. Un déguisement insolite, un twist final, des situations inédites. Dominic Sena, quant à lui, a préféré changer de lieu et offrir au spectateur des décors désertiques. Non pas ceux bien chauds et sablonneux, mais plutôt les verglacés et blancs. L’Antarctique se veut l’hôte de Whiteout dont l’argument principal tient en deux mots « Kate Beckinsale ». Mais monsieur « Opération Espadon » et « 60 secondes chrono » ne semble toujours pas prêt à briller dans les hautes sphères du cinéma américain.

Pourtant, c’était très bien parti. Kate Beckinsale est une actrice de choc et de charme. La renommée – justifiée ou non – de la trilogie Underworld tient essentiellement dans son indéniable charisme. Qui n’a pas non plus craqué devant son charmant minois dans Pearl Harbor ? Alternant les rôles radicalement différents, elle se crée un curriculum vitae plus que diversifié. Dominic Sena décide de planter le décor au pôle sud, à savoir l’Antarctique. Désert glacé, loin de tout, inconnu et extrêmement dangereux, il constitue le second attrait du film. Le réalisateur ne le cache d’ailleurs pas au vu les superbes panoramas qu’il offre à la caméra. Il aurait pu être plus généreux, certes, mais la banquise à perte de vue fait toujours son petit effet. En face d’elle, deux acteurs loin d’être des inconnus : Gabriel Macht (The Spirit, c’était lui) et Tom Skerritt (connu pour ses rôles dans de nombreuses séries TV). Apparemment, Dominic Sena a mis le tout dans un bon mixeur en espérant sortir un film efficace, un modèle du genre, d’autant qu’il en reprend tous les us et coutumes. Pas de bol, l’ensemble a tourné.

Tout débute à quelques jours de Noël. Une colonie de scientifiques s’apprête à quitter l’Antarctique pour regagner leurs familles. L’US Marshal, Carrie Stetko, fait partie de l’aventure. Volontairement mutée ici depuis désormais deux ans, elle aspire à rentrer pour y déposer sa démission. Les souvenirs de sa dernière mission aux Etats-Unis ne cessent de la hanter, d’autant plus depuis la découverte d’un cadavre à plusieurs kilomètres de la station. Le premier meurtre répertorié en Antarctique. A quelques heures de son départ, elle décide de mener l’enquête, épaulée d’un inspecteur des Nations Unies, venu superviser cette affaire sans précédent. Mais très vite, les éléments se déchainent par l’intermédiaire d’une fulgurante tempête. Les conditions de déplacement deviennent donc difficiles ; avec pourtant un tueur rapidement aux basques de notre marshal. Whiteout propose donc de suivre ses blanches péripéties.

Sur le papier, le film n’a pas à rougir. Malheureusement, dès qu’il se lance, la donne change. Tous les poussifs du genre nous sont envoyés en pleine figure. Plans de caméra habituels, situation difficile et déjà-vue, personnages stéréotypés, déroulement ô combien prévisible et scènes inutiles à foison. D’entrée, le spectateur a le droit aux –jolies – formes de l’actrice principale, sous la douche, pendant de longues secondes. Aucun intérêt si ce n’est de satisfaire la frustration de certains. Les dialogues ne sont guère plus respectueux, avec des phrases toutes faites ou d’un vide incroyable, nous poussant encore une fois à nous poser de sérieuses questions quant à la qualité du scénariste. Le tueur nous est d’ailleurs bien vite révélé ; mais ce n’est que pour mieux nous réserver une révélation finale anticipée depuis le premier quart d’heure de film. Qu’il est ardu de croire en cette enquête. Kate Beckinsale, aussi charmante soit-elle, fait une bien piètre US Marshal. Peu convaincante et surtout dans un rôle qui ne lui sied absolument pas – elle est la personne la plus frêle du film – elle n’arrive que rarement à nous accrocher. La touchante scène de l’amputation, à ceci près.

L’intégralité est du déjà-vu et revu. Le spectateur s’ennuie donc assez vite, attendant juste le prochain beau paysage à admirer. Le cadre reste splendide et fascinant. Certaines superproductions ont déjà su l’employer avec la plus grande des réussites (30 jours de Nuit). Alors nous sommes admiratifs devant la nature, et dubitatif devant le reste. Même l’ambiance sonore n’arrive pas à sortir du classicisme dans lequel le film s’est englué. Aucune tension, aucune motivation et aucune originalité ne viennent sauver l’ensemble. Il faut toutefois reconnaître que nous ne sommes pas non plus face à un nanar polaire. Tom Skerritt y est comme il faut, écrasant les autres acteurs à chacune de ses interventions. Le scénario, bien que prévisible et écrit sur un coin de table, se laisse suivre, grâce également à la plastique de Kate Beckinsale. Certes, cachée derrière une demi-douzaine de pull-overs, mais son doux minois apaise.

Whiteout n’est donc pas totalement à bouder. Le film reste agréable à voir, une fois et surtout pas plus. Dominic Sena ne fait ici preuve d’aucune audace, nous ressortant un film-cas d’école histoire d’assurer la rentabilité. Il s’est assuré le soutien d’acteurs reconnus, mais clairement sous-exploité, le tout enrobé d’un scénario tout simplement prévisible. L’Antarctique est pourtant une terre intéressante. L’idée était bonne, la réalisation ne l’est malheureusement pas.