Il y a des rendez-vous qu’on ne manque pas. Pour ma part, j’attends avec impatience chaque année l’arrivée du nouveau Nothomb, comme d’autres attendent le beaujolais ou le Tour de France. Les ouvrages ont pour habitude d’alterner, d’une année à l’autre, entre le récit autobiographique et le roman purement fictionnel original. Après l’excellent « Ni d’Eve, ni d’Adam », Amélie Nothomb nous place dans le quotidien d’un individu lambda, au cours d’un dîner routinier, qui va changer de vie pour prendre celle d’un mystérieux inconnu mort dans ses bras…
Ca partait bien
« Si un invité meurt inopinément chez vous, ne prévenez surtout pas la police. Appelez un taxi et dites-lui de vous conduire à l’hôpital avec cet ami qui a un malaise. Le décès sera constaté en arrivant aux urgences et vous pourrez assurer, témoin à l’appui, que l’individu a trépassé en chemin. Moyennant quoi, on vous fichera la paix ». C’est sur cette phrase (pleine de bon sens diront certains), que s’ouvre le roman. Intrigante, inquiétante, cette introduction augure du meilleur pour la suite. Et la suite directe ne nous laisse pas en plan : le héros, prénommé Baptiste, reçoit chez lui un parfait inconnu qui a la bonne idée de mourir sur le tapis, sans explication. S’en suit alors une longue réflexion interne, puis la décision de changer de vie, et d’assumer l’identité de cet inconnu.
Mais, j’ai pas fini-eeeeuuhhh !
Le roman sait susciter notre intérêt dès les premières lignes, comme sait si bien le faire Amélie Nothomb, en nous partageant entre l’admiration et le dégoût. On retrouve dans les premiers chapitres cette dualité propre à l’auteur qui nous fait douter de nos propres pensées. Seulement voilà, comme un album sur lequel on aurait casé des morceaux de fonds de tiroir pour afficher 80 minutes, l’histoire donne assez vite l’impression de tourner en rond. Une aventure qui s’annonçait passionnante et épique se retrouve confinée à un salon et une chambre à coucher. Les péripéties, se traduisant généralement par des dialogues faussement piquants, se succèdent assez mollement, même si la lecture reste très agréable. L’auteur cherche à placer de ci de là des réflexions plus ou moins profondes, mais le fait est que rien ne parvient à déclencher plus qu’un petit rictus, mélange de sympathie et de déception face à des phrases prévisibles, plus accrocheuses par leur forme que par leur fond. En cela, « Le fait du prince » relève plus du passe-temps de salle d’attente que de l’œuvre bouleversante.
C’est l’heure, posez vos stylos et rendez vos copies.
Oui, plus on y pense, et plus « Le fait du prince » fait l’effet d’un livre écrit pour éviter de laisser une année sans publication, un méli-mélo de phrase préconçues que l’auteur n’a pas réussi à placer ailleurs. La conclusion ne fera que renforcer cette idée : abrupte, cliché, déplacé, l’épilogue de ce roman laisse dubitatif et inquiet quant aux prochaines œuvres de l’auteur. « Le fait du prince » n’est finalement pas un mauvais roman, il se laissera dévorer en une ou deux heures, mais n’est certainement pas à la hauteur des ouvrages précédents d’Amélie Nothomb, bien plus inspirée par sa propre aventure à travers le monde que par le destin d’un inconnu parisien. On espère de tout cœur retrouver l’univers joyeusement décalé et la plume acerbe de Nothomb l’année prochaine.
