L’Iliade

L’Iliade est un songe. Raconté des milliers de fois, par des milliers de voix. Chanté par les aèdes grecs, ces poètes de banquets qui narraient les exploits des héros aux tables des notables grecs. L’épopée d’Achille est avant tout un récit fondateur de la Grèce antique, apprise en chœur par tous les enfants de l’époque. La légende raconte qu’elle a été écrite par Homère, aède dont on ignore à peu près tout, hormis son nom. Peu importe. L’Iliade, c’est la somme brute de tout ce qui fait l’Homme : la guerre, l’amour, la mort.

Pour Hélène à la beauté légendaire, la Grèce s’enflamme. Des centaines de bateaux déferlent sur Ilion, l’autre nom de Troie. Mais la guerre, pour les Grecs de l’époque, n’est pas encore la lutte des territoires et des intérêts ; c’est la lutte des chefs, de ces héros, hommes parmi les Dieux, Dieux parmi les Hommes, à la recherche de la gloire, celle que l’on acquiert au combat, par de hauts faits d’armes. Celle qui rend son nom immortel. C’est d’ailleurs tout l’enjeu pour Achille, lui qui a le choix entre une vie longue et paisible et une mort prochaine qui portera son nom aussi haut que ceux des Dieux de l’Olympe.

Agamemnon, roi de Mycènes, commandant des forces achéennes qui tentent de prendre Troie, vexe Achille en lui prenant une de ses otages, la belle Briséis. S’ensuit 10 ans pendant lesquels Achille ne prend plus part aux combats, laissant les Grecs essuyer défaite sur défaite jusqu’à ce que Nestor, le vieux sage, Phénix et Ulysse viennent réclamer son aide. Achille reste inflexible mais Patrocle, son ami et amant, ému par les arguments des trois hommes, revêt les armes d’Achille pour redonner le moral à l’armée. Mauvais choix. Il est tué par Hector, ce qui déclenche le courroux d’Achille. Celui-ci se réconcilie dès lors avec Agamemnon, récupère Briséis et part au combat, bien qu’il sache qu’il vient de signer sa mort. Il tue Hector, traine son corps des jours entiers sous les remparts de Troie mais rien n’y fait, la ville reste inaccessible. Priam, le père d’Hector, vient alors supplier Achille de lui rendre son fils pour lui faire des funérailles décentes. Achille accepte, touché par l’humanité de ce père et son affection pour son fils. Comme si, pour un instant, les pleurs et les cris d’une famille résonnaient plus fort que ceux du champ de bataille. Alors s’achève l’Iliade, par les funérailles d’Hector le bien-aimé, Achille toujours vivant, Troie toujours inviolée, le monde toujours debout.

Car le cheval de bois, la flèche de Pâris qui tuera Achille en s’enfonçant dans son talon, l’incendie de Troie ne sont pas racontés ici. C’est plus tard, dans L’Odyssée, dans des légendes qui viendront entourer la légende que le monde connaitra la rusée prise d’Ilion et le sort d’Achille. Pour l’instant, il est là, revenu à sa condition d’homme. Endormi dans sa tente, Briséis aux belles joues à ses côtés. Ses exploits guerriers, comme ceux d’Ajax, de Diomède et d’Agamemnon, l’ont déjà rendu immortel. Il est le guerrier grec. Beau, valeureux, plaçant l’honneur au-dessus de tout.

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