Passée presque inaperçue au sein du petit monde de la VGM au moment de sa sortie, la bande originale de Anata Wo Yurusanai s’impose pourtant comme l’une des plus réussies de l’année 2007. Littéralement « Je ne te pardonnerai pas » en japonais, cette OST est tirée d’un jeu d’aventure/enquête sorti sur Playstation Portable il y a plus d’un an de ça, uniquement au Pays du Soleil Levant. Si le jeu demeure malheureusement inaccessible aux non-japonisants dont je fais partie, fort heureusement, la musique, elle, ne connaît pas les barrières de la langue et celle de Anata Wo Yurusanai a réussi à faire le trajet pour susurrer de bien belles choses aux creux de nos oreilles. A la tête du projet, un homme connu et reconnu de bon nombre de joueurs et mélomanes, le compositeur Nobuo Uematsu. Pour les profanes, cet homme fut entre autre le compositeur des neufs premiers épisodes de la série Final Fantasy et a récemment opéré aux côtés du studio Mistwalker en composant les musiques de Blue Dragon et Lost Odyssey. Après presque vingt années de loyaux services rendus à Square Enix, le monsieur s’est décidé à voler de ses propres ailes puisqu’après la création de sa société Smile Please en 2004, Uematsu fonde en 2006 son label Dog Ear Records et la bande originale de Anata Wo Yurusanai en est le premier rejeton. Analyse de l’aîné d’une fratrie qu’on espère grandissante et toute aussi réussie.
Baaaa da dou di ha, ba da dou bi ha !
Une écoute rapide suffit à savoir que cette OST baignera dans une ambiance résolument Jazzy. Un style assez inhabituel au moustachu en dépit de son grand éclectisme. Il est d’ailleurs intéressant et amusant de constater qu’après 25 années de carrière, le monsieur n’en fini pas d’explorer de nouveaux horizons musicaux. Le disque démarre avec une chanson intitulée Toneless, sorte de ballade tristounette oscillant entre Jazz et Rock pour un résultat du plus bel effet. L’amertume qui se dégage du titre est joliment retranscrit à travers la mélodie son arrangement délicieux. YVONNE, l’interprète de la chanson, participera grandement à l’appréciation du morceau grâce à sa voix douce et agréable, loin des clichés de certaines chanteuses Japonaises nasillardes. Pour l’anecdote, les paroles ont été écrites par Kazushige Nojima qui fut entre autre le scénariste de Final Fantasy VIII, Final Fantasy X et de la saga Kingdom Hearts. Uematsu poursuit sa prestation sur cette bande originale avec le très joli Opening Theme du jeu, nommé You From a Distance. Reposant et mélodieux, les fans du monsieur seront sûrement ravis de retrouver le Uematsu qu’ils chérissent tant avec cette composition laissant la part belle au piano.
La piste suivante tranchera avec un très net retour au Jazz. Joviale et entraînante, Life is Like Fried Eggs séduira instantanément par sa réussite musicale. Presque drôlette, la mélodie transpire de bonne humeur Uematsuienne dont la patte se reconnaît bien malgré la teinte Jazzy qui l’enrobe. Et après un peu de Jazz, que diriez-vous d’un peu de Bossa Nova ? Ca tombe bien puisque la quinzième piste de cette OST est justement le premier essai de Nobuo en la matière ! Et pour notre plus grand plaisir, le monsieur nous a composé une très chouette mélodie se fondant à merveille sur un arrangement de Bossa Nova. Très séduisante, cette piste enjouée, teintée ça et là d’une légère mélancolie, est une très bonne prestation du moustachu. S’en suit alors la très taquine Shadow Scat, qui, comme l’indique le titre sera une composition de Scat. Ce style de musique, rendu populaire par l’inoubliable Louis Armstrong et la grande Ella Fitzgerald, est une forme de Jazz où les paroles cèdent leur place à des onomatopées. Une terre jusque là inconnue pour notre moustachu qui, comme précédemment, transforme superbement son essai ! Une nouvelle fois, la voix claire d’YVONNE fait mouche dès les premières secondes grâce à un timbre très agréable et une interprétation des plus convaincantes. L’arrangement maîtrisé est lui aussi une petite perle et le court solo de trompette au milieu du morceau s’avèrera aussi sensuel qu’ensorcelant. Un incontournable de cette bande originale !
Nous passerons rapidement sur la jolie reprise de You From A Distance qui nous offrira un très bon moment en compagnie d’un élégant vibraphone et d’une guitare sèche suave mais qui ne diffèrera guère de la piste originale. Retour au piano avec l’étrange Short Night qui alterna successivement mystère et mélancolie. Un arrangement simple et épuré ainsi qu’une composition efficace dotée une mélodie soignée, tous les éléments sont là pour rendre cette piste des plus agréables. Cinq morceaux plus loin se trouve l’avant-dernière piste de cette OST où Uematsu signera quelque chose de plus proche de son répertoire habituel. La très jolie Promise est introduite par un glockenspiel raffiné et une mélodie enchanteresse. Des violons et un hautbois se grefferont rapidement à l’ensemble ainsi que plusieurs flûtes vers la fin de la piste. Délicate et heureuse, la piste est une véritable délectation en plus d’offrir à l’auditeur un moment chaleureux et réconfortant. Ce moment de sérénité se poursuit avec la chanson de fin nommée Your From A Distance, deuxième et dernière reprise de l’Opening Theme. Cette fois-ci, Uematsu a pris la peine de vraiment revisiter sa composition en lui faisant revêtir une apparence plus proche d’une ballade dans le même ton que la première piste de cette bande originale. YVONNE se chargera une dernière fois de nous séduire grâce à une prestation tout à fait réussie, peut-être encore plus que les précédentes. Dès l’introduction à la guitare sèche, il nous est tout à fait impossible de ne pas être happer par la beauté des arpèges. Un piano prendra ensuite le relai pour accompagner YVONNE ainsi qu’une basse et un harmonica, puis une batterie. Cette dernière confèrera à la piste un aspect plus entraînant, soutenu par des violons discrets mais terriblement élégants. Le morceau laissera l’harmonica s’exprimer plus librement à 2:12 pour un résultat emplit de nostalgie. Après un pont très sympathique, la choriste entonnera une dernière fois le refrain de la chanson que l’on se surprendra à le fredonner avec elle. Et quand tout semble d’être dissipé, la piste s’offre une dernière minute avec un accompagnement tout à fait différent où YVONNE chantonnera une dernière fois cette même mélodie avec de simples « la, la, la ». Une très belle conclusion à cette OST dont nous sommes cependant loin d’avoir fait le tour, ami lecteur.
Uematsu, what else ?
Perspicace comme vous l’êtes, vous avez sûrement constaté que je n’ai évoqué que huit pistes sur les vingt-huit qui composent l’OST. Vous l’avez deviné, bien qu’il en soit le seul producteur, Uematsu n’est pas l’unique compositeur en charge de cette bande originale. En effet, le monsieur a jugé bon de convier quelques invités puisque cinq autres compositeurs ont répondu présent pour offrir leurs talents et tout ce beau monde a réussi à entourer Uematsu avec brio. L’un d’entre eux (et à vrai dire, le seul sur qui il m’ait été possible de trouver des informations) se nomme Keith Freeman et est un guitariste de Jazz. Le monsieur a tout simplement pondu parmi les meilleures pistes de cette bande originale ! On retiendra principalement la nostalgique et planante Deep Inside Me ainsi que la reposante et superbe The End (le Game Over du jeu ?). Deux pistes absolument ensorcelantes et touchantes. Le monsieur s’en tire également avec brio sur des pistes nettement plus entraînantes comme la pimpante Attention! ou les mystérieuses Between Lie and Truth et Only One Step from Danger. Les arrangements et les mélodies font mouche de bout en bout et chaque écoute se transforme en un exquis moment d’évasion et de plaisir. Un grand bravo à Keith Freeman, monsieur dont il me tarde de découvrir plus en détail le reste de sa discographie et dont on ne peut qu’espérer revoir dans le monde de la VGM tant son premier séjour y a été concluant !
Autre compositeur d’importance, L. Gallardo offrira à cette bande originale 6 compositions. Le monsieur entamera sa prestation avec la sympathique et calmeMemories of Fescue, une des rares pistes de cette OST qui s’éloignera du registre Jazz. Des compositions comme la très rythmée Collission ou les très reposantes The Office is a Kindergarten et And Then…retrouveront la route du Jazz qu’a emprunté la majorité des pistes de cette BO. La très rigolote Jean and his Family nous offrira un peu de bonne humeur et de détente avant la réussie Unallowed Person, dernière apparition du compositeur qui se classera sans peine parmi les pistes plus réussies de cette bande originale tant piano électrique et saxophone s’y marient à merveille, laissant là s’échapper un doux parfum de nostalgie, teintée d’une légère mélancolie.
Kimio Itoyama, que l’on a récemment pu revoir au côté d’Uematsu en tant qu’arrangeur de la bande originale de Lord of Vermilion, signe également son premier travail de compositeur de musique de jeux vidéo. Si toutes ces compositions ne m’ont pas radicalement séduit, le nouveau venu s’en tire tout de même avec les honneurs puisque des morceaux comme Time to Know the Truth, bien que répétitive, se targue d’une ambiance très réussie et d’un choix de percussions tout à fait judicieux. On retiendra également la discrète mais ensorcelante Waltz to the Labyrinth mais surtout l’excellente et mélodieuse Brand New Today dont mon nombre d’écoute a dû facilement dépasser le nombre de cent tant son ambiance intimiste et charmeuse m’a séduit. Paré d’un arrangement Jazzy quasi-parfait, d’une mélodie très bien construite et d’un éventail d’instruments choisis avec soin, ce morceau se place se conteste comme le plus réussi du compositeur mais également de cette bande originale, déjà riche d’une aura attirante et irrésistible. Un compositeur talentueux en devenir dont on espère que la route recroisera celle de Nobuo Uematsu tant ses compositions sur cette bande originale et, plus récemment, son travail d’arrangeur sur l’OST de Lord of Vermilion se sont révélés de qualité.
Les deux autres compositeurs restant n’ont été en charge que d’une minuscule poignée de morceaux. Le dénommé Whogon a en effet composé deux pistes, l’une nommée Decision of a Reasoned Child et l’autre SAKAMOTO !. De la première se dégage une atmosphère laissant l’auditeur en proie au doute et au questionnement. Une ambiance plutôt réussie et qui doit fonctionner dans le jeu, dommage cependant que le morceau soit si court (1:03) ! Ce dernier aurait gagné à être plus diversifié mais surtout d’être allongé d’une bonne minute. Ces deux points négatifs se confronteront à nouveau à nous lors de la deuxième et dernière apparition du compositeur. En effet, SAKAMOTO !, musique plutôt drôle au demeurant, voire burlesque, s’avère tout de même réussie mais bien trop courte, la boucle ne durant que 29 ridicules secondes… Bien qu’agréables, il est difficile d’émettre un véritable avis avec des prestations aussi anecdotiques. Le dernier compositeur, surnommé F.N.R., n’a composé qu’une seule piste et heureusement pour nous, celle-ci s’avère plus consistante que celles de son collègue Whogon. Répondant au doux nom de Hunting, ce morceau se classera sans peine comme l’un des plus entraînants de cette bande originale. Frétillante et rapide, cette piste turbulente nous offrira de sympathiques passages au piano, le tout dans un esprit radicalement Jazzy. Quelques pistes de plus de la part du monsieur n’aurait pas été de refus tant son unique travail sur cette BO se révèle encourageant. Peut-être une autre fois ?
Outro
La bande originale de Anata Wo Yurusanai est en ce qui me concerne un véritable coup de cœur ! En plus de nous offrir le grand plaisir de voir retrouver un Uematsu en très grande forme et toujours aussi apte à élargir son répertoire de style, l’OST nous offrira de nombreux moments de plaisir musical et la découverte de plusieurs compositeurs pour le moins talentueux (le trio Keith Freeman, L. Gallardo et Kimio Itoyama en tête de liste). Pour peu que vous ne soyez pas hermétique à l’aura Jazzy très présente qui en émane, vous devriez vous aussi succomber au charme irrésistible de cette bande originale de grande qualité qui fut pour moi l’une des plus belles découvertes de Video Game Music de l’année 2007. J’espère avoir su susciter votre engouement, d’autant plus que cette bande originale ainsi que le jeu qu’elle accompagne sont passés relativement inaperçus. N’ayant pas joué au jeu, je ne suis guère en mesure de vous en vanter les mérites (bien que son style graphique et l’idée de tenir la PSP à l’horizontale m’attirent grandement) mais pour ce qui est de sa bande son, je n’ai qu’une chose à vous dire : Ruez-vous dessus ! Une quinzaine d’extraits sont disponibles sur la page officielle de la bande originale pour vous faire un début d’avis et pour ce qui est de l’import, des sites comme Play-Asia ou Amazon seront vos meilleurs amis pour vous procurer cette OST, injustement méconnue. Pour peu que vous ne fassiez pas ne serait-ce que l’effort de vous y intéresser, il se pourrait bien que, cette fois-ci, ça soit moi qui ne vous le pardonne pas.






