Juna est une adolescente comme les autres et adepte du tir à l’arc jusqu’au jour où elle décide d’aller à la mer avec Tokio, son petit ami. Malheureusement, elle meurt pendant le trajet, aspirée par une étrange lumière. Au moment de s’envoler loin de ses proches, une voix retentit et lui propose un pacte : si elle combat les Raajas, des créatures menaçant la planète, il la fera revenir à la vie. Juna n’a guère le choix et ne connaît pas encore toutes les conséquences qu’entraînera sa réponse.
Mais qu’était-elle allée faire dans cette galère ?
Les deux premiers épisodes d’Arjuna posent rapidement les bases : ce sera un anime atypique ou ne le sera pas. Avec un petit nombre de personnages (Juna, son petit ami, sa soi-disant meilleure amie Sayuri, Chris un être étrange et Cindy l’enfant-télépathe qui l’accompagne toujours) et une très bonne réalisation, la série entreprend en 13 épisodes de nous faire découvrir différents aspects de la vie au travers d’un fil conducteur : la détresse de la Terre et l’environnement.
Première critique : si l’opening, chantée par Maaya Sakamoto est très plaisant à écouter (un vrai rayon de soleil), on peut d’ores et déjà annoncer une petite déception et dire que l’équipe ne s’est pas foulée : ce ne sont que des morceaux d’épisodes qui défilent tout au long de la chanson, chanson qui est la même pour l’ending.
Deuxième critique : le triangle amoureux. Si vous ne vous en étiez pas encore doutés, Sayuri est amoureuse de Tokio et ferait n’importe quoi pour le piquer à sa « grande » amie Juna. Le personnage de Sayuri est parfaitement méprisable, à mon avis, et complètement inutile (sauf à la fin parce qu’elle a un frère et une sœur). La question est : pourquoi avoir inclus un triangle amoureux dans une histoire qui n’en avait pas vraiment besoin ?
Une magical girl pas comme les autres
Au début Arjuna semble être l’archétype de l’anime « magical girl » : Chris apparaît, venu de nulle part, et propose à Juna de lui redonner la vie en échange de ses services. L’écolière ordinaire se voit gratifier d’une perle étrange sur le front lui octroyant des pouvoirs magiques, une nouvelle apparence plutôt surprenante ainsi qu’un arc. Il ne lui reste plus qu’à combattre les Raajas, pensez-vous ? Eh bien non, c’est là que repose une des subtilités d’Arjuna. En bonne fille, Juna lève son arc et tente de tuer ces méchants monstres venus d’ailleurs, mais Chris s’interpose et lui dit que ce n’est pas ce qu’il lui avait demandé de faire. Que doit-elle faire alors ? Juna mettra 13 épisodes à le comprendre.
Là où une magical girl typique sait presque de manière innée comment se servir de ses pouvoirs, le spectateur voit Juna faiblir, apprendre de ses erreurs, tomber, se relever, toujours dans le doute quant à ce qu’elle doit faire. Chris, le mentor sensé être la personne sur laquelle on peut compter, ne fait que lui parler par énigmes et la critiquer. Pas facile d’avancer dans ces conditions, Juna est dans le noir, on lui donne un arc qu’elle ne doit pas utiliser et des conseils aussi utiles qu’un presse-papier pour scier du bois. Sa détermination à quand même combattre envers et contre tout la rend attachante et on ne peut à cet instant que blâmer Chris d’être aussi froid avec elle. Sans compter que Cindy se montre d’une insolence incroyable envers elle, rétorquant à chaque fois que l’adolescente proteste que Chris ne fait que l’aider et que si elle n’y arrive pas tout est de sa faute. Chris, un mentor ? Là encore il y a de quoi se poser des questions. Quel mentor abandonnerait sa disciple en pleine forêt sans eau ni nourriture pour qu’elle « progresse » ?
La magical girl typique a généralement un certain soutien, sinon auprès du peuple, au moins auprès de ses amis, ce n’est pas le cas de Juna. Sa transformation est tout simplement invisible aux yeux des autres (ce qui donne des situations assez cocasses lorsqu’elle brandit son arc…invisible) et personne ne la comprend vraiment. Personne ne veut la comprendre. On la prendrait presque pour une folle. Même Tokio a une attitude ambiguë avec elle, il peut se montrer incroyablement attentionné, et complètement indifférent la minute d’après (généralement quand Sayuri est dans les parages, celle-ci étant la seule camarade à daigner parler avec Juna).
Alice au pays des cauchemars
Juna passe-t-elle 13 épisodes à combattre les Raajas ? Pas du tout. En réalité, il n’y a que peu de combats et uniquement à des moments stratégiques. Le reste du temps l’héroïne continue d’aller à l’école comme avant…sauf que rien n’est plus comme avant. Les pouvoirs de Juna sont plus un cauchemar qu’autre chose. A chaque épisode de nouvelles hallucinations et de nouveaux problèmes apparaissent. Elle commence à voir des ombres, prend les machines pour des Raajas (ce qui est problématique), voit son enseignant vomir une matière étrange et saute du haut de la fenêtre pour mieux voir le bâtiment s’effondrer sur elle. Elle ne peut plus manger au Meriken Burger, son fast food préféré, ou aucune autre malbouffe sous peine de voir se répéter sous ses yeux les images angoissantes de leur fabrication. A un certain moment, elle en vient à entendre un bébé dans le ventre de quelqu’un et ne sachant pas qui, doit partir à la recherche de la femme qui est enceinte sans le savoir. La ville où elle habite est un long et perpétuel cauchemar où tous les maux, autrefois invisibles, ne cherchent qu’à l’agresser.
Les pouvoirs de Juna en eux-mêmes sont étranges et n’ont pas de forme précise, tantôt elle voit les mots des autres se matérialiser devant elle, tantôt elle obtient le pouvoir de projection astrale et en profite pour visiter la chambre de son copain, tantôt elle peut carrément entrer dans son propre corps pour combattre un virus. Bref, en guise de pouvoir, Juna semble avoir plutôt reçu une pomme empoisonnée.



