Serial Experiments Lain

Une voix qui ricane en déclamant un « Present Day…Present Time » énigmatique. L’image se brouille et un visage presque imperceptible apparaît en filigrane. L’opening commence alors sur ces mots « And you don’t seem to understand…  ». Bienvenue dans le monde énigmatique de Serial Experiments Lain !

C’est une soirée ordinaire dans la ville de Tokyo, un couple s’embrasse et se chamaille, les passants bavardent et une jeune lycéenne s’apprête à sauter du haut d’un immeuble. Celle-ci détache ses cheveux soigneusement nattés, enlève ses lunettes et après avoir prononcé des mots que nous n’entendons pas, elle se laisse tomber. Cette fille s’appelait Yomoda Chisa, et après sa mort, de nombreux élèves de son école reçoivent des mails qui semblent provenir d’elle. Tout le monde croit à un canular, tous sauf Iwakura Lain, du même établissement de Chisa qui, très affectée par ces phénomènes paranormaux, tente de résoudre ce mystère. Mais elle aussi reçoit un mail qui l’invite à rejoindre la disparue dans le Wired, une sorte d’Internet. C’est sans se douter de ce qui l’attend que Lain se lance à corps perdu dans un engrenage cauchemardesque qui l’entraînera à découvrir des choses dont elle n’aurait jamais oser imaginer l’existence.

Au cœur du labyrinthe

Une ville fantomatique peuplée d’ombres, de lumières, de bruits saturés, d’échos imperceptibles, une voix, toujours changeante, posant des questions sans réponses, c’est par ces mêmes images que commence chaque « layer » de l’anime. Car oui, SEL n’est pas tout à fait découpé en épisodes. C’est un détail qui pourrait sembler sans importance, or il en a une : un « layer » est une « couche », c’est un système logique permettant de résoudre des problèmes de grande dimension. On comprend donc très vite que chaque « layer », dont le nom (un seul mot et en anglais) est introduit par une voix cybernétique, nous amènera à plonger de plus en plus profondément dans l’énigme de Lain. Mais qu’est-ce que Lain ? La réponse la plus simple serait peut être : un immense labyrinthe. Car en effet, Lain est aussi un projet multimédia décliné en anime, en jeu vidéo et sur CD. Chacun de ces médias ayant pour but de distiller un fragment de la personnalité de l’héroïne. Or le support le plus connu, et pour cause (le jeu vidéo n’en étant pas véritablement un est à réserver aux fans les plus hardcores) reste l’animation.

And you don’t seem to understand…

L’opening même de Lain, Duvet, est assez complexe et fascinant pour réclamer une analyse à lui tout seul. Contrairement à d’autres séries, celui-ci ne fait qu’un avec l’histoire. Les paroles témoignent d’un étouffement progressif, d’une difficulté à respirer, à trouver sa place que vivra Lain tout le long de l’anime.

Et qu’y voit-on ? Lain, Lain partout. Comme une divinité omniprésente, on ne voit qu’elle à chaque plan de l’opening. Tout d’abord accompagnée de corbeaux –présage funeste ?- derrière un écran en train d’alpaguer la foule, de railler des amoureux qui s’embrassent ou encore de faire un signe à un enfant qui joue à des jeux vidéos. On la voit marcher vers nulle part, monter un escalier avec un regard hypnotique qui accroche le spectateur, et puis enfin au milieu d’un pont où le temps s’arrête. Un corbeau reste suspendu dans les airs…son bonnet arraché par le vent flotte…tout est figé, et elle repart, l’air de rien. Aucun autre personnage n’est montré, seulement elle. Soit de manière fragmentée, exposée à l’indifférence de ceux qui regardent la télévision, soit normalement, évoluant en solitaire dans des endroits plus déserts les uns que les autres. L’opening amorce ainsi déjà la traversée du désert de l’héroïne. C’est d’ailleurs à cet endroit précis que se conclura la série et que la boucle sera bouclée…

Un conte de la marche vers l’adolescence

Dès le début de l’anime on comprend que Lain est encore dans l’enfance. Elle a un physique d’enfant, une personnalité introvertie et aucun véritable ami. La seule avec qui elle a parlé au moins une fois était justement Yomoda Chisa. Sa disparition ne l’affectera que partiellement, mais c’est à ce moment précis que Lain essaye de s’intégrer aux autres par le biais des nouvelles technologies. Tout le monde use et abuse des ordinateurs là où elle ne sait même pas s’en servir (elle a un ordinateur pour enfants), c’est donc avec l’envie de se trouver une place que Lain commence à s’intéresser au Wired. Très vite, elle devient captivée par les immenses possibilités que développe son nouveau Navi (son ordinateur) et devient aux yeux de ses camarades beaucoup plus « in ». Celles-ci ne commencent donc à s’intéresser à elle que lorsque Lain s’intéresse elle-même au Wired. Au début seul Alice semble faire attention à elle, peut être par pitié de la voir si silencieuse et si apathique et c’est à son initiative que la bande d’Alice invite Lain au Cybéria, la dernière boîte branchée. On y voit très vite un décalage : Lain arrive, un peu perdue, dans des vêtements enfantins et peu recherchés tandis que ses amies sont très féminines et maquillées. Mais même chez elle, Lain se comporte ainsi. Elle déambule en pyjama-ourson, symbole d’isolement, dans une chambre vide à l’exception de quelques peluches. On dit souvent que notre chambre est le reflet de notre âme et c’est aussi vrai pour Lain : tout comme l’héroïne sa chambre connaîtra une évolution radicale, d’un vide affligeant elle deviendra encombrée par les machines, et de décorée par des peluches elle sera vite envahie par les câbles.

Dès l’épisode 5, cette pièce si anodine deviendra un lieu surnaturel, preuve en quelque sorte de la sortie de l’enfance de Lain. De même que cette dernière finit par se familiariser avec ses camarades de classe (et surtout Alice), elle finit par s’éloigner de ses parents. Au début son père est très présent, il sait très bien faire marcher un ordinateur, bref, c’est un peu un « modèle », mais dès l’épisode 3 où Lain lui présente la Psyché en lui demandant s’il sait ce que c’est et qu’il répond qu’il l’ignore, on le voit distant, déjà dépassé. Lain s’affranchit de lui, elle n’a plus besoin de ses conseils, et quand il la met en garde, elle sourit, le contredit, comme s’il « n’avait rien compris ».

Une fausse famille

La famille de Lain est douteuse dès le début : son père au premier abord plutôt jovial disparaît peu à peu, sa mère l’ignore et sa sœur ne la prend pas au sérieux. D’où un malaise qui s’installe très vite entre Lain et ses parents dès qu’elle s’aperçoit que quelque chose ne vas pas, à son retour après l’incident du Cybéria où elle a frôlé la mort. Elle a été ramenée par la police au beau milieu de la nuit et quand elle rentre, personne n’est là. Inquiète, Lain navigue entre son ordinateur et la chambre de ses parents, mais toujours rien, ils se sont volatilisés pour réapparaître le lendemain matin comme si rien ne s’était passé. Des hommes en noir rôdent autour de la maison mais là encore les parents ne font rien, comme s’ils ne voulaient pas savoir, quand bien même Mika, la sœur de Lain, essaye de les secouer parce que cela l’effraye, ils ne répondent pas. Quand Lain est forcée à les suivre et qu’elle revient à la maison, bouleversée, elle tente tant bien que mal de leur parler en disant « Aujourd’hui quelqu’un m’a demandé si mes parents étaient bien mes véritables parents, c’est stupide, n’est-ce pas ? », ils se contentent de la fixer avec un regard effrayant sans laisser échapper le moindre mot, comme pour confirmer son doute. Même sa sœur, la plus normale de la famille, semble tomber lentement et irrémédiablement dans la folie après d’obscurs évènements qui seraient son propre fait et personne ne s’en inquiète. Mika a beau errer dans un état lamentable, à peine capable d’articuler un son, personne ne fait plus attention à elle, et sa mère constate juste qu’elle « rentre plus tôt » tout en prenant soin de ne surtout pas engager la conversation avec elle. Comme une sorte de fantôme, elle hante les escaliers, silencieusement avant de disparaître pendant plusieurs épisodes sans qu’on sache ce qui lui est véritablement arrivé. Dans des conditions pareilles, Lain est désespérément seule, sans amis, sans famille, elle est vouée à se tourner vers le Wired et à plonger dedans les yeux fermés.

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